CORRECTION DU DEVOIR SUR LA MONDIALISATION
L’Ensemble documentaire : sujet : Comment la mondialisation est-elle régulée ?
Problématique : il faut partir de la définition de la mondialisation (cours) et de la notion de régulation : réguler quelque chose c'est lui donner une règle , or la
mondialisation est un processus spontané né des révolutions techniques et de la volonté des firmes transnationales capitalistes de faire le plus de profit possible et le plus vite possible et
donc d'accéder aux territoires qui offrent les meilleurs possibilités en termes de coût et de compétence de la main d’œuvre, de matières premières et de débouchés.
Donc il faut se demander comment elle est régulée mais dès le départ on sait qu'elle est peu régulée !
PARTIE I Répondre aux questions
On ne vous demande pas de présenter les documents mais vous gagnerez des points en les présentant dans vos réponses.
1 Pourquoi la mondialisation doit-elle être régulée ? (doc 1 et 5)
Le planisphère du doc 1 met en évidence le déséquilibre entre les 3 espaces de la Triade auxquels ont ajoute l'Asie orientale et le reste du monde : on y réalise 80% du PNB (produit national
brut) mondial, on y trouve 98 % de la capitalisation boursière ainsi que les principaux flux : financiers, humains, marchandises et aussi flux d'information. Seules quelques
métropoles comme São Paulo, Johannesburg et Djarkarta apparaissent dans le sud. Ainsi la mondialisation apparaît comme l'expression de la domination
des nords.
Le texte 5 est une interview d'un économiste libéral N Baverez qui s'il estime que la mondialisation est une excellente chose, elle doit être « contrôlée » car elle ne se régulera pas
« toute seule ».
C’est donc aux dirigeants politiques de la réguler : il dit qu'il faut « mondialiser la politique » et cela lors des rencontres entre les chefs d’État des grands pays, G8 mais il
ajoute que dans ce groupe des 8 pays, la Chine ne soit pas présente. Il a du conseiller M Sarkozy qui a décidé qu'il faut réunir un G20 représentant les pays riches mais aussi les pays émergents
(2011 à Cannes) !
2 Quels ont les modes d'action des altermondialistes et quelles sont leurs revendications (docs 2 et 3) ?
Les altermondialistes qui contestent la mondialisation libérale se font entendre au niveau médiatique par des manifestations 5 (doc) lors des
rassemblements des dirigeants des grands pays de la planète affirmant qu’ »un autre monde est possible » différent de celui que réalise la mondialisation ; mais aussi par des forums( Forum Social Mondial) qui réunissent des organisations non gouvernementales ou syndicats d'ouvriers et de paysans. Ces forums ont été
organisé dans le « sud » Porto Alegre (Brésil) ; Bamako au Mali en Afrique ; Caracas au Venezuela...pour bien montrer que les peuples du sud doivent se faire entendre dans la
mondialisation.
3 Expliquez la critique de l'OMC par le dessin de presse (doc 4)
L'OMC (organisation mondiale du commerce) a pour but de réguler le commerce mondial et de faire baisser les barrières douanières en s'inspirant de la théorie du libre-échange et de la libre
concurrence. Or le dessin veut montrer que la concurrence entre le « petit « et le » gros » n'est pas équitable ce que l'OMC feint d'ignorer en disant « que le meilleur
gagne... » Comme si la compétition n'était pas inégale et donc l'OMC est accusée de défendre les « gros » les « riches ».
4 Quelles sont les organisations de régulation de la mondialisation qui sont évoquées et quel est leur rôle ? Doc 5
En fait le texte n'évoque qu'une seule organisation le G8 qui rassemble les chefs d’État des 8 pays les plus importants de la planète....Mais en fait les chefs d’État discutent des grandes
questions mais très peu de décisions sont prises donc on ne peut parler de « régulation ».
5 Expliquez les propositions faites par l'auteur pour améliorer la mondialisation ?
La question est assez » stupide » car « améliorer « ne veut rien dire : améliorer pour les riches, pour les pauvres... pour les FTN ou pour la mafia de la drogue, de la
prostitution ou du trafic d'armes §
En fait l'auteur demande d'intégrer la Chine et probablement d'autres pays dans les grandes réunions des chefs d’État des pays les plus riches ….
Ce qui a été fait depuis !
PARTIE II. REPONSE ORGANISEE
Le dossier documentaire qui nous est proposé traite de la mondialisation en nous demandant comment celle-ci est régulée ?
Cet ensemble documentaire se compose de 5 documents de nature différente : d'abord un planisphère nous montrant l’espace de la mondialisation, deux textes : un article du journal Le
Monde du 8 février 2006 analysant le mouvement altermondialiste et un autre texte qui est une interview de l'économiste libéral N. Baverez parue dans l'hebdomadaire L'Express du 12 janvier
2006 ; et deux documents iconographiques : une photo du Forum Social mondial des altermondialistes à Porto Allègre en janvier 2005 et un dessin humoristique qui dénonce le rôle de l'OMC
(organisation mondiale du commerce). A l'aide de ces documents et de nos connaissances personnelles nous essayerons de voir si la mondialisation est régulée. Nous présenterons d'abord la
mondialisation avec les flux qu'elle génère et ensuite nous essayerons de voir si cette mondialisation peut -être régulée.
La mondialisation que les Anglo-Saxons appellent globalisation n'est pas nouvelle dans l'économie mondiale. Selon les théoriciens on en serait à la troisième mondialisation après celle des
grandes découvertes aux XVI° XVII° siècles, puis celle de la 2° moitié du XIX° siècle marquée par la colonisation , la révolution industrielle et l'essor du commerce international. Notre
mondialisation qui peut être définie par la mise en relation des différents territoires du monde à la fois par les échanges amis aussi par l'internationalisation de la production faite par des
multinationales qui recherchent le plus rapidement possible et le plus élevé possible. Cette mondialisation a été rendue possible par une révolution considérable des moyens de transport des
marchandises et des hommes et surtout par la révolution des télécommunications qui ont permis de faire du monde un village global ou les communications sont instantanées.
Cette mondialisation se traduit par des flux considérables de marchandises matières premières, produits agricoles, biens d'équipement et biens de
consommation. Pour ces derniers l
le développement de l’Asie orientale et de la Chine qui est devenu pour bien des produits l' »atelier du monde » en est le signe le plus éclatant car ces objets fabriqués pour des
multinationales par une main d'œuvre bon marché sont destinés au marché mondial : à titre d'exemple 90% des jouets que le père Noël a distribué dans le monde étaient « made in
China » .
Mais la mondialisation ce sont aussi des flux financiers et humains (travailleurs ou touriste) et le
planisphère (doc N° 1) nous montre l'importance des flux entre les 3 pôles de la triade.
Effectivement la mondialisation est commandée par la triade (Amérique du nord, Union Européenne, japon) à laquelle il faut maintenant une partie de l'Asie orientale (Corée du sud, Taiwan,
Singapour et Chine littorale..) et elle souligne une domination du « nord » sur le « sud ». Mais on peut reprocher à ce document qu'il ne mette pas assez en valeur les pays
émergents qui se sont développés ; les BRIC (Brésil, Inde, Chine, Russie) auxquels il faut ajouter l'Afrique du sud, la Turquie et bien sûr les pays producteurs et exportateurs de pétrole du
Moyen-Orient. Le document n'indique que quelques métropoles du « sud » dont le trafic aérien témoigne de leur inscription dans la mondialisation.
La mondialisation est le fruit d'acteurs au premier rang desquels figurent les FTN issues des pays de la triade mais aussi de plus en plus des pays émergents dont la Chine en particulier (ex
Lenovo pour l’informatique). Les organisations économiques internationales favorisent cette mondialisation en en particulier l'OMC (organisation mondiale du commerce) qui a succédé au GATT crée à
la fin de la 2° guerre mondiale et dont le but est de faire baisser les droits de douane entre les pays, baisse qui pour les économistes libéraux a pour conséquence d'augmenter la
production. Mais le FMI (fonds monétaire international) joue aussi un rôle important pour aider les Etats en difficulté financière. Les organisations
économiques régionales comme l'UE ou l'ALENA (…) ou le MERCOSUR accentuent cette mondialisation en créant des zones de libre-échange entre les pays membres. Le rôle des Etats semble moins
important mais il n'est pas négligeable car ils peuvent attirer des investissements étrangers en améliorant l'attractivité de leur territoire et
aussi par leur effort de protection sociale ou d'éducation offrir une main d'œuvre de qualifiée mais parfois trop chère...
Mais cette mondialisation est dénoncée par certains (les altermondialistes) comme ne profitant qu'aux riches alors que d'autres qui y sont favorables souhaitent quand même la réguler car elle se
développe avec des à-coups comme les krachs financiers dont les conséquences peuvent être dévastatrices.
Les Altermondialistes remettent en cause la mondialisation libérale qui ne ferait que profiter aux pays les plus riches ou aux populations les plus riches en délaissant les travailleurs les plus
modestes (ouvriers et paysans). De plus comme la logique des FTN est celle du profit à tout prix, la mondialisation a des conséquences négatives sur l'environnement (on ne se soucie pas de
développement durable..) et elle conduirait à une uniformisation des cultures par la culture dominante occidentale version américaine tant sur le plan de l'alimentation, des vêtements, des idées
et des créations audiovisuelles.....tout cela étant accéléré par Internet....
Ainsi les Altermondialistes expriment leur refus de cette mondialisation par la mobilisation d'ONG (organisations non gouvernementales souvent dans le domaine de l'environnement ou de la santé),
des syndicats de paysans pauvres ou d'ouvriers victimes des délocalisations dans les pays riches...La phot N°3 montre une de ces manifestation lors des rencontres des Altermondialistes baptisée Forum (lieu de débat) Social (pour prendre en compte les catégories
sociale et pas seulement l'économie...),Mondial. Ils mettent en évidence le fait que la mondialisation ne s'interresse pas au « sud » en localisant ces forum dans le » sud »,
dans les 3 continents : Brésil, Venezuela, Pakistan et Mali... Le texte souligne d'ailleurs la nouveauté que représente l'Afrique dans ces mouvements en raison de l'importance des migrations
avec l'Europe et aussi en raison de la responsabilité des chefs d'Etat africains dans la misère de leurs populations.
Ils dénoncent les organisation internationales en particulier l'OMC comme le montre le dessin n° 4 où l'on voit que l'OMC favorise le « gros » face au « petit » car la
concurrence n'est pas équitable et ainsi les produits agricoles du nord pourront inonder les pays du sud poussant les petits paysans à l'exode rural....De même, ils manifestent lors des réunions
des dirigeants politiques (G8) ou économiques (Davos) de la planète pour présenter leurs idées et dénoncer la mondialisation capitaliste libérale.
Les Altermondialistes veulent peser de leur poids en particulier par l'intermédiaire des médias ils sensibilisent l'opinion mondiale mais leur action concrète pour réguler la mondialisation a été assez faible sauf peut-être dans le domaine de l'environnement et le commerce équitable... ils n'ont donc pas réussi à inverser la logique de la mondialisation....D'ailleurs ils sont passé d'une opposition frontale à la
mondialisation à un nouveau slogan que l'on voit inscrit sur la pancarte de la photo 3 : un autre monde est possible donc une autre mondialisation ou plus exactement d'autres formes de
mondialisation plus décentralisées..
Mais même ceux comme N. Baverez (doc 5) qui sont favorables à la mondialisation libérale »la mondialisation économique est saine...l'économie libérale est créatrice de richesses et
d'emplois » estiment que cette mondialisation se développe avec des crises, des krachs financiers et qu'elle ne se régule pas d'elle-même. Il pense qu'il faut donc la réguler et que le
meilleur moyen ce sont les réunions des grands pays du monde G8. C'est pour cela qu'il regrette que la Chine dont le rôle est considérable dans la mondialisation ne soit pas dans le G8. Il
appelle donc à « mondialiser la politique » c'est à dire à ce que les dirigeants des pays les plus importants coopèrent pour réguler la mondialisation, c'est ce que d'autres appellent
la »gouvernance mondiale ». Mais même si aujourd’hui le président Sarkozy a institué le G20 il n'existe pas de véritable gouvernance mondiale car les états ont des
intérêts très différents ...voir les difficultés pour l'actualisation du protocole de Kyoto sur le réchauffement climatique..et les difficultés pour se mettre d'accord pour régler la crise
financière même au sein de l' Union Européenne tant les intérêts des Etats sont différents et donc sa proposition de mondialiser la politique rest pour l'instant un voeu pieu !
En conclusion on pourrait dire que la question de cet ensemble documentaire a été mal posée : pour l'instant la mondialisation est très peu régulée et il fallait se demander
comment elle peut-être régulée et si les Etats ont l’envie et surtout le pouvoir de la réguler cn voit très bien que ce sont les forces
économiques comme les FTN et les détenteurs de capitaux qui prêtent aux Etats et aux forces économiques ("le marché") qui jouent un rôle considérable aujourd'hui car il n'y a pas de consensus
chez les Etats puissants pour les contrôler....
Sud-Soudan : naissance d'une nation
Mots clés : Sud-Soudan, Indépendance, AFRIQUE
Par Pierre PrierMis à jour le 24/06/2011 à 18:07 | publié le 25/06/2011 à 18:06 Réactions (29)Les bergers sont nombreux au Sud-Soudan. Ici, des Dinkas. Animistes ou chrétiens, et très hostiles à l'islamisation, ils se sont battus en masse contre le Nord. (Cédric Gerbehaye/Agence VU)
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S'abonner au Figaro.frLe 9 juillet prochain devrait être proclamée l'indépendance de la région du Sud-Soudan, malgré la reprise des combats avec le Nord musulman, qui rechigne à accepter cette partition. Car ce nouvel État à dominante chrétienne suscite toutes les convoitises pour ses richesses pétrolifères. Un pays à peine né, et déjà fragilisé...
Debout au premier rang des fidèles, le prochain président du nouvel État africain du Sud-Soudan se balance doucement au rythme des cantiques. Salva Kiir, ancien guérillero en boubou violet, grand, mince, très droit, bat la mesure de ses mains fines en chantant avec les fidèles. C'est un dimanche de janvier dans la cathédrale de Juba, future capitale de 1 million d'habitants aux toits de tôle ondulée et aux rues défoncées. Un dimanche particulier: ce jour-là, l'archevêque, Mgr Paulino Lukudu Loro, célèbre aussi bien la messe que la naissance de l'Etat. Les bureaux de vote viennent de fermer. Théâtral, l'archevêque fait porter sur l'autel une urne en plastique, «symbole de toutes les urnes du Sud-Soudan», dit-il. «Je demande à ceux qui vont dépouiller de ne pas tricher», s'enflamme-t-il. Avant de conclure par une plaisanterie qui fait rire l'assistance: « Et j'espère qu'ils ne boivent pas!» En réalité, tout le monde connaît déjà le résultat: un scrutin massivement pour l'indépendance, qui se traduira par 98,83 % de votes positifs sur quelque 4 millions d'électeurs.
Même au bord du Nil, comme ici, la terre est pauvre et les troupeaux (bovins, ovins et caprins) sont efflanqués. (Cédric Gerbehaye/Agence VU)
Le 9 juillet prochain, au terme d'une période de transition de six mois, le Sud-Soudan autonome va devenir le 193e Etat sur la carte du monde. Son chef sera catholique. Et il aura du pétrole. En se séparant du Nord, il emportera 80 % environ des quelque 500.000 barils/jour produits actuellement. L'événement est inédit. La géographie africaine contemporaine était fondée sur un interdit : on ne touche pas aux frontières de la colonisation. Le tabou a volé en éclats. Il faut dire que le Soudan, plus vaste Etat d'Afrique, grand comme presque cinq fois la France, n'a jamais vraiment constitué une nation. Sous la domination égyptienne, le Sud peuplé de pasteurs africains était vu par le Nord comme une terre de razzias et un réservoir d'esclaves. Les Britanniques, eux, tracèrent une frontière symbolique au sud de laquelle les missionnaires, particulièrement l'ordre italien des Comboni, pouvaient évangéliser librement. Et dès l'indépendance de 1956, une guerre civile Nord-Sud a commencé. La division était autant ethnique que religieuse. Les rebelles du Sud, animistes et chrétiens, mais aussi musulmans, se sont appelés Armée de libération du Soudan. Ils se sont d'abord battus pour un Soudan unifié où tous seraient égaux. Et puis, au fil des années de guerre sans merci contre un gouvernement dirigé depuis le coup d'Etat militaire de 1989 par un régime d'inspiration islamiste, le Nord a ajouté l'agenda religieux à ses griefs contre le Sud. Il a tenté de lui imposer la charia, la loi islamique. Et parmi les combattants sudistes, l'idée de l'indépendance a fait son chemin. En janvier 2005, un accord de paix parrainé par les États-Unis mettait fin au conflit. Il prévoyait un référendum d'autodétermination six ans plus tard. En août de la même année, John Garang, le chef charismatique de la rébellion sudiste, mourait dans un accident d'hélicoptère. Sa disparition a sonné le glas de l'unité soudanaise. Garang, ancien officier de l'armée soudanaise, était unioniste. Son successeur est indépendantiste.
Le peuple aussi, et, le jour du référendum, il est allé le dire jusqu'à la tombe de Garang. En janvier dernier, un bureau de vote est installé juste à côté du mausolée du héros national, respecté presque comme un saint. «Vous venez prier?» demande la sentinelle à l'entrée de l'esplanade. Mais les électeurs de Juba, eux, sont venus respectueusement confier au «Dr Garang» qu'ils ne veulent plus du Nord. «Bye bye les djellabas» disent en riant les centaines d'hommes et de femmes qui font la queue sous le soleil pendant des heures. Presque tous ont perdu un frère, un père, une mère sous les bombardements des Antonov nordistes, ou dans les raids contre villes et villages. «Ils nous ont toujours considérés comme des esclaves», dit Mary, mère de famille et veuve de combattant.
Des décennies de guerre civile ont tout ravagé. (Cédric Gerbehaye/Agence VU)
Aujourd'hui, les Dinkas, les Nuer et les Chilouk prient pour leur pays à venir. La cathédrale est une grande bâtisse en brique, surmontée à l'extérieur de l'inscription «Hic est domus Dei». L'ambiance est fervente. Des mamas en robe blanche barrée d'une écharpe verte avec l'inscription «Legio Mariae» en lettres blanches font le service d'ordre. L'archevêque répète sur tous les tons qu'aujourd'hui, c'est une prière de gratitude, l'occasion de dire merci à Dieu puisque, de toute façon, «c'est sa volonté qui est faite à travers le vote». A l'entendre, le dessein de Dieu peut même être discerné dans la mort de Garang l'unioniste. «Même la trahison de Judas fait partie de la volonté de Dieu...» La thèse de la trahison, du sabotage de l'hélicoptère du leader, jamais démontrée, connaît une grande vogue au Sud.
Vient le moment des intentions de prière. Le Président prend sa place dans la file. Il prêche le pardon. «Prions pour ceux qui sont tombés pendant le temps du combat, dit-il d'une voix grave, ajoutant: et pardonnons à ceux qui ont causé leur mort.» A Juba, le christianisme a le vent en poupe. Une université catholique, Sainte-Marie, a été inaugurée en 2009. L'église anglicane est également très présente. Un Etat chrétien et pétrolier est-il en train de naître au cœur de l'Afrique de l'Est? Sœur Roassa, religieuse espagnole dirigeant une radio subventionnée par le Vatican, n'aime pas beaucoup l'idée: «Un Etat chrétien? Il n'y en a aucun dans le monde qui se définisse comme cela. Il y a des Etats qui se définissent comme islamiques, mais chrétiens, non.» Certes, la radio est ancrée dans une histoire conflictuelle. Son nom, Bakhita FM, est celui d'une sainte qui fut esclave. Mais l'Eglise soudanaise se veut accueillante. «Il y a des musulmans au Sud, qu'ils soient originaires du Nord ou qu'ils viennent des ethnies locales. Nous en accueillons tous les jours sur nos ondes.»
Tout est à construire, à commencer par une armée, telle qu'on la voit , à l'entraînement. (Cédric Gerbehaye/Agence VU)
Le représentant de ces musulmans du Sud qui veulent participer à l'édification de l'Etat, c'est le général El-Tahir Bior Abdallah Ajak, secrétaire général du Conseil islamique du Sud. Ex-militaire de l'armée soudanaise, il a fait défection pendant la guerre civile pour se battre aux côtés des sudistes. Lui aussi croit à la cohabitation. La preuve: «Je suis allé récemment à Djedda, en Arabie saoudite, pour plaider la cause du Sud-Soudan auprès de la Banque de développement islamique. J'étais accompagné de mon ami Victor Luol Achak, un chrétien, ministre de l'Energie dans le gouvernement autonome.» El-Tahir Ajak espère toutefois obtenir également des fonds pour ses organismes de bienfaisance islamiques. «Nous sommes contre le fondamentalisme. Nous devons attirer les gens à la religion par l'exemple.» On devine que, pour lui, le Sud-Soudan reste un champ de bataille pacifique pour la conquête des âmes païennes. «D'après des chiffres que j'ai lus, nous sommes 18% de musulmans, 17% de chrétiens, et 65% d'animistes.» Chiffres invérifiables, même si les connaisseurs de la région s'accordent pour dire que la majorité de ses habitants restent en réalité fidèles aux religions de leurs ancêtres. Car la guerre n'a pas entamé la volonté de vivre ensemble. A Tékéréké, une bourgade à trois heures de Juba, les commerçants arabes venus du Nord, nombreux au marché, n'ont pas l'intention de se rapatrier après l'indépendance. Devant la mosquée voisine, un déjeuner rassemble sous un arbre quelques éleveurs locaux. Chrétiens ou musulmans? «Un chrétien, un musulman, un chrétien...», compte l'un d'eux en riant.
Reste que la naissance d'un Etat disposant de ressources pétrolières et à forte composante chrétienne n'a rien d'anodin dans la région. Certes, sa production reste modeste comparée aux quelque 10 millions de barils/jour extraits par le géant saoudien. Mais ce pays enclavé qui aujourd'hui n'a rien, ni routes ni infrastructures, va pouvoir se développer en empruntant sur les marchés internationaux. Et sa richesse est peut-être encore à venir. «Il reste des zones immenses à explorer, dit Francis Perrin, directeur de la revue Pétrole et gaz arabes. Le Sud-Soudan ne sera jamais l'Arabie saoudite, mais il est tout de même possible de faire des découvertes importantes». Le pétrole soudanais n'est certes pas de très bonne qualité, mais quand on songe que le français Total dispose à lui seul d'un permis d'exploration de 118.000 kilomètres carrés, l'avenir semble prometteur.
La dimension religieuse a toujours beaucoup compté dans le conflit entre le Nord (islamiste) et le Sud (animiste, chrétien et musulman). Face au Nord, qui voulait lui imposer la charia, le nouveau Soudan du Sud se dotera bientôt d'un président catholique. (Cédric Gerbehaye/Agence VU)
Le Sud-Soudan restera pourtant lié à Khartoum, au moins dans un premier temps, pour commercialiser son pétrole. Le seul pipeline dont il dispose rejoint ce qui sera demain le nouvel État du Nord-Soudan, avec de gros frais de transit à la clé. On évoque la construction d'un oléoduc vers la côte kényane, mais rien n'est décidé tant le coût et les délais apparaissent importants. Pourtant, il suffit de regarder la capitale pour comprendre que le Sud-Soudan se tourne vers l'Est. Les cadres des amis historiques - Kenya, Ethiopie, Ouganda - ont envahi la ville. Les professeurs sont kényans, les commerçants, ougandais, les hôtels, pour l'instant installés dans des Algeco améliorés, sont presque tous tenus par des Erythréens, et souvent propriétés d'investisseurs indiens du Kenya. Les Chinois arrivent, eux aussi. La société nationale de pétrole chinoise, qui exploite l'or noir soudanais, espère bien rester. Et on a vu apparaître un Beijing Hotel et une Chinese clinic...
Cette nouvelle donne intéresse naturellement les puissances occidentales, qui espèrent la naissance d'un nouvel allié à la frontière du problématique Etat du Nord, toujours en guerre au Darfour et toujours suspecté de redevenir un sanctuaire terroriste. Le Sud-Soudan intéresse aussi beaucoup les Israéliens, ravis de voir s'ajouter un point de chute potentiel dans la région. Salva Kiir reste cependant prudent. Dans son discours à la cathédrale de Juba, il change soudain de registre pour démentir l'achat d'avions de combat israéliens, annoncé par la chaîne qatariote al-Jezira. «Ce n'est pas vrai. Ceux qui disent cela sont des ennemis du Soudan. Nous n'amènerons pas les Israéliens ici.»
Parmi les pays arabes, l'Egypte n'est pas le moins inquiet. Le Sud-Soudan contrôlera le Nil Blanc, qui rejoint le Nil Bleu à Khartoum. Mais pour l'instant, le Sud-Soudan, pas encore né, a d'autres soucis. La guerre pourrait reprendre sur les frontières, surtout dans la région disputée d'Abyei, et en d'autres endroits où les démarcations restent floues, et où des milices sudistes favorables à Khartoum ont repris les armes. Comme si le Nord ne se résolvait pas, finalement, à l'amputation d'un tiers de son territoire.